★ Prix IRCCADE 2017

Le Prix IRCCADE 2017 a été décerné à Mme Faustine DEVYNCK, psychologue à Lille.

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Faustine DEVYNCK, lauréate du Prix IRCCADE de Recherche en Psychopathologie 2017

Le Prix IRCCADE de Recherche en Psychopathologie 2017 a été remis le 13 octobre à Bordeaux à Mme Faustine DEVYNCK, psychologue à Lille, pour son travail intitulé : « Les pensées répétitives négatives impactent-elles l’envie de boire de l’alcool ? Une étude écologique en temps réel chez des patients dépendants à l’alcool ».



A télécharger : Interview de Faustine DEVYNCK - Résumé du travail de recherche




Le Président du Jury, le Dr Alain Sauteraud a présenté la lauréate devant le public venu participer à la cérémonie de remise du Prix. Puis Faustine DEVYNCK a exposé devant les participants le résumé de sa recherche.

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Elle a reçu ensuite des mains du président de l'IRCCADE, M. Bertrand Lloret, un chèque de 2000 euros, une année de formation à l'Institut IRCCADE et un magnum de Lalande de Pomerol.

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Faustine DEVYNCK et ses prix...

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De gauche à droite : M. Bertrand Lloret, Président de l'IRCCADE, Mme Faustine Devynck, le Dr Alain Sauteraud, Président du Jury du Prix IRCCADE et le Dr Raymond Elayli, Directeur de l'Enseignement.






Les pensées répétitives négatives impactent-elles l’envie de boire de l’alcool ? Une étude écologique en temps réel chez des patients dépendants à l’alcool.

Faustine Devynck, Lucia Romo, Juliette Marty, Pierre Schweitzer, Xavier Laqueille, Philip Gorwood, Isabelle Roy, Anne-Victoire Rousselet, Bénédicte Apert, Amélie Rousseau, & Joël Swendsen

Résumé :

Les pensées répétitives négatives (PRN) font référence à un style de pensées récurrentes, prolongées et relativement incontrôlables au sujet de ses propres expériences négatives passées, actuelles ou anticipées (Ehring & Watkins, 2008). Alors que les individus les utilisent pour réguler leurs émotions, elles ont finalement pour conséquence d’augmenter les affects négatifs et de nuire à la résolution de problème (Moberly & Watkins, 2006 ; Ruscio et al., 2015 ; Watkins, Baeyens, & Read, 2009). Les auteurs ont démontré que certains individus utilisaient la consommation d’alcool pour tenter de contrôler leurs PRN (Goldsmith et al., 2009 ; Kuntsche et al., 2005 ; Smith et Book, 2010). Une recension systématique de la littérature a révélé que les PRN prédisaient effectivement l’envie de boire et la consommation d’alcool chez des patients souffrant d’un trouble lié à l’usage de l’alcool (TUA ; Devynck, Rousseau, et Romo, soumis).

Toutefois, les résultats n’étaient pas homogènes concernant l’influence du genre et de la symptomatologie anxio-dépressive sur ce lien. Pour pallier au biais mnésique inhérent aux études par questionnaires et pour remédier au manque d’écologie des études en laboratoire, la présente étude a été menée chez 28 patients TUA suivi en ambulatoire via une application électronique permettant d’évaluer PRN, craving et consommation d’alcool en temps réel dans l’environnement des patients. Les analyses par modélisation linéaire hiérarchique ont révélé que les PRN prédisaient de manière causale l’envie de boire et la consommation d’alcool ultérieure, indépendamment de la symptomatologie anxio-dépressive.

Comme attendu, les femmes étaient plus à risque d’avoir envie de boire de l’alcool en réponse à leurs PRN que les hommes. De futures études examinant les modes de pensées répétitives chez les hommes et les femmes permettra peut-être de comprendre encore mieux cette différence d’utilisation des PRN et de la consommation d’alcool. En effet, selon la Théorie du Mode de Traitement (Watkins, 2004; Watkins, 2008), il existerait deux modes de focalisation sur soi qui aboutiraient à des conséquences plus ou moins négatives. Il a été démontré que les patients TUA, ruminaient plus sur un mode inadapté abstrait–analytique, alors que les individus de la population générale ruminaient sur un mode plus adapté concret–expérientiel (Devynck, Kornacka, Sgard, et Douilliez, 2016). Au demeurant, les résultats de cette étude peuvent être discutés à la lumière du modèle triphasique des problèmes d’alcool (Spada, Caselli, et Wells, 2013) qui tend à expliquer le lien entre PRN, craving et consommation d’alcool grâce au rôle des croyances qui leurs sont associées. Ces résultats soutiennent l’intérêt de développer la prise en charge cognitive et comportementale des PRN (Watkins, 2016) dans le cadre de la prévention de la rechute chez des patients TUA.

Mots clés : Pensées répétitives négatives, Craving, Consommation d’alcool, Mesure écologique en temps réel, Processus transdiagnostique